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L’espace parfait pour rêver par le fantominus embourgeoisé


Accroché à mon verre de vin, je me maintiens à la table. Mon regard se vide et s’égare en pensée : hypnotisé par le passé. Le vino veritas crie cette vérité stupide où je bois pour oublier mais seulement pour une soirée car, demain, il va falloir se rappeler. Je pense à elle, évidement, dans ce café où s’inscrivent nos premiers désirs, marqués en sourires et regards inquiétants. Ces souvenirs se noient dans l’oubli car leurs bouées sont crevées. Je les ai lacérées plusieurs fois sans trop y croire. Et comme d’hab, je faisais comme si de rien n’était. Quand on ne sait pas dessiner, les pages blanches ne servent qu’à gribouiller.


Ma dégaine fait pitié parce que j’ai la flemme d’être beau, la flemme de vivre, la flemme d’être à bout. Mais plusieurs personnes m’ont accosté en me demandant si j’attendais quelqu’un… ouais j’attends comme un chien… perdu. Ca existe la SPA pour humain, ça s’appelle Tinder. C’est mieux que le CPAS avec toute la paperasse à faire. C’est déjà assez humiliant de faire la démarche et on t’emmerde encore avec du papier. Tout ça pour nous montrer qu’on est encore plus con à se gérer : On signe officiellement notre acte d’handicapé de la société.


Je n’attends plus rien et je ne serais même pas dire si je suis avec quelqu’un au vu des messages, des sms, qui invitent à la pause, à la réflexion, à l’action. Il me reste l’impulsivité grandissante d’avoir tout foiré ; les ruines où les scénarios incessants font ressusciter ces manques d’affections et ces envies de destructions.


Bordel j’ai envie de pleurer mais putain, ça ne coule pas.


Ça n’a jamais trop couler en fait sauf pour les autres bizarrement.


Je pleure par procuration comme quand je scrolle sur insta, je vis le rêve que je devrais avoir. Il me donne une vie et à chaque déverrouillage, s’ouvre un mirage qui me permet d’écrire chaque page. Je ne sais pas pourquoi mais les images de couples ne m’aident pas ce soir.


Mon téléphone s’illumine ; message ; J’aimerais qu’on discute.


Comme toujours.


Ça craint les il faut qu’on discute ; Un peu comme ton daron qui te dit, on doit avoir une discussion, ou ça va barder, ou ton pote qui te lâche, c’est la merde gros…


Comme si la parole résolvait tout.


Chez moi, elle dissout, les phrases choquent, mes insultes brulent et ma langue déchire les torses. C’est toujours le calvaire ces discussions… plus pour elle…


Et malgré les meilleurs intentions, j’ai l’impression d’être très con car on ne sait pas ce comprendre ; alors qu’on parle la même langue.


Deux poissons dans un bocal qui se tournent autour pour se dire mon amour. Je suis un poisson rouge qui s’oublie mais qui n’oublie pas les tromperies. Je lui fais confiance mais ça ne marche pas et ce n’est pas en hurlant que je me vais mieux me faire comprendre, ni en défonçant les portes, ni en éclatant mes peurs et en gardant ses absences.


Elle ne comprend pas pourquoi je suis jaloux.


C’est parce que je t’aime voilà tout.


Mes potes disent qu’elle ne m’aime pas, qu’elle me tient par la queue ; C’est une salope, une hystérique bordeline. Moi je l’aime. Alors comme ils ne me croient pas, je préfère la mettre en veilleuse.


Parfois vaut mieux rien dire parce que quand on l’ouvre on fait pire.
J’aurai jamais dû lui parler du suicide ni du néant…


Ni lui demander si elle m’aimait vraiment.


2ème sms : répond moi stp.


Je dois prendre mon courage à deux mains mais j’ai encore le temps d’arriver, elle ne sait pas que je suis en train de roder. C’est ce que je fais lorsqu’elle prend sa pause. Quand elle change les clés de son coeur et de l’appartement Quand son nid devient celui de l’hirondelle inaccessible où elle peut me prendre de haut quand elle fume sa clope en regardant dans le vide, emmitouflé dans son plaide en visualisant le pire.


Elle appellera sans doute son amie, cette salope. Pourquoi je m’énerve vu que je ne la connais pas vraiment.


Pourquoi ma colère vomit et pique?


Pourquoi c’est toujours ceux qu’on aime qui prennent le plus chère ?
Ma main passe en mode braille sur le banc, malgré les yeux grands ouverts, je suis aveugle, je suis seul dans ce bar rempli de monde et la seule chose que je perçois c’est elle. Ma peau me rappell

e les 2 initiales qui exprimaient la beauté du présent ; pas d’angoisse passée, pas de futur inquiétant, juste le sourire et l’envie du moment, branché sur notre rêve à deux comme elle me murmurait à l’oreille.


Je suis défoncé ?


Surement pas


J’ai l’habitude de boire et comme pour mes déboires, je n’arrive plus à me saouler. Ou peut-être que je me saoule constamment, va savoir…


Il me reste quand même les gueules de bois.


Que répondre ? Que je suis là et que je serais toujours là. Faut que je lui montre je suis une forteresse. Je peux la protéger, défoncer ses craintes : La peur, je l’explose comme ce rebeu qui avait osé me fixer, il avait rien fait mais fallait bien faire payer ma salle journée. Il a pas voulu baisser les yeux ; C’était une question de fierté.


Il s’en remettra. C’est un mec


Quand j’y pense, lorsque je ferme les écoutilles, je vrille. J’ai l’impression que tout est sur un fil. J’ai jamais autant eu les jetons ; qu’elle me quitte, qu’elle disparaisse, qu’elle trouve quelqu’un d’autre. A chaque fois c’est du pareil au même. Pourquoi devrait-elle me quitter, je suis un soldat, je l’ai toujours aimé.


Oh bordel, quand je pense à elle je pense à moi. Quand elle me traite de pervers narcissique peut-être qu’elle a raison.


Je devrai commencer par ça. Lui dire qu’elle a raison, qu’elle a toujours eue raison.


Ou lui dire pardon ?


Ça n’a jamais été mon fort les excuses. Le vieux ne me l’a jamais appris. Je sais que c’est dur et qu’il en faut pour s’excuser.


Je peux bien faire ça pour elle.


3ème sms : ?


Faut pas l’inquiéter vieux, je l’ai déjà assez fait ; Ok j’arrive


Sur la route, j’enfume un peu mes passions tristes avec de la zik, les mains dans les poches, à moitié entrain de crapoter, je peine à essayer d’errer.


En mode automatique, j’arrive vite, je lève la tête vers l’appartement. Il brille. Les lampadaires se reflètent sur les fenêtres ; On dirait des veilleuses entrain de me zieuter. Ça va pas aider au stress. Je sonne au parlophone. Ca prend du temps pour répondre. Je lui envoie un sms ; c’est moi. Le vieux son marque qu’on décroche : Je suis là, tu veux que je monte ? Pas de réponse, la porte se déverrouille.


Je prends les escaliers par routine car l’ascenseur n’a jamais marché. D’habitude, je monte les marches deux par deux mais là, je prends le temps de subir les 6 étages ; sans doute parce que je ne sais pas ce qui m’attend ; une colère froide, des larmes de joie, un sourire de désespoir, la déception de soi, un dernier au revoir…


Chaque marche compresse mon coeur et mes tempes. Ma langue pousse mon palet pour m’empêcher de penser le pire. Chaque étage est un supplice indécis, j’ai besoin d’oxygène et les couloirs se referment sur moi.


La porte est entrouverte. Je passe le hall, enlève les tn, pour pas salir. Tout est propre, bien décoré, personne ne pourrait dire ce qui s’est passé, excepté les murs et les portes, dont les vestiges ne semblent pas s’effacer malgré tous nos efforts. Elle est debout devant la fenêtre du balcon. Elle fume sa clope, de biais. Je reste là à l’observer avec sa pose de starlette désinvolte.


Elle ouvre la porte, son silence annonce la tempête. Elle commence à parler, ça grêle, je n’ose pas la regarder, par honte ou par peur de riposter. J’écoute à moitié, je sais qu’elle veut me blesser, et pour ce que je lui ai fait, je mérite un peu le pilori. Je sers la main droite, c’est ce que je faisais quand mon daron sortait la ceinture.


Je lui dis pardon mais je ne sais pas ce qu’elle entend, elle n’est que dans le ressentiment, tout y passe, la haine, les pleurs, la colère et les cicatrices m’invectivent. Ce ne sera pas la première fois que des amants s’écoeurent. Et ça te fait sourire en plus… je relève la tête… Je ne sais pas ce qu’elle voit, de la colère, une tête de chien battu, de la tristesse, de la honte, je ne sais jamais ce que ça donne ces moments. Je sais juste que parfois elle a peur de moi. J’aimerais avoir un miroir de temps en temps pour voir ma gueule.


Une seule phrase me brise ; c’est fini, j’en peu plus tu peux partir, j’ai trouvé quelqu’un. Mon corps implose, je sais pas quoi faire, à part que cette phrase me morcèle, ça fait chier, et je sais que je fais chier, je bug, comment on fait pour faire reset...je fais tout pour par éclater ou voler en morceau parce que c’est souvent avec les débris qu’on se coupe. Je m’attendais pas à imploser. Je me rapproche d’elle, j’ai une tête en plus qu’elle. Son regard me semble incompréhensible. C’est fini… ok… pas de rage quit… je peux te dire au revoir et disparaitre ensuite. Ne dis pas ça. Ça va inquiéter. Oui tu peux et ensuite prendre la porte. Elle s’adoucit dans la voix. Je m’avance pour l’embrasser, je lui touche le sein sans faire exprès, je sens son souffle s’accélérer, son regard s’armer. Elle susurre s’il te plait. Je lui souffle dans le coup. Elle continue avec son s’il te plait, elle recule, je la sens s’activer, je lui effleurer à nouveau le sein qui s’accompagne d’un souffle, d’un soupir, j’entends son coeur battre entre les mains, je sens que ça s’excite, ça branche mon sexe, je l’entends dire un truc mais je ne sais pas quoi, on se retrouve dans la chambre, j’ai envie de lui dire aurevoir correctement, en lui donnant du plaisir, et en prenant le mien, j’ai jamais autant bander, elle se déshabille à peine, c’est différent, je la pousse sur le lit, j’ai encore mon t-shirt, pas le temps pour les préliminaires, faut que je pars vite, elle gémit plus que d’habitude, elle crie, ça s’emballe, j’aimerai lui dire que je suis désolé mais je sais que ça serait bientôt fini. Elle me sert le bras, elle pousse, elle s’écarte, elle se tord, elle fait des trucs bizarres aves ses hanches, elle me mord, alors je l’attrape par la nuque, on faisait souvent ça avant dans nos jeux sexy, je ne vois pas son visage, je sens son odeur, j’y vais de toute mes forces, de tout mon coeur, je la sers contre moi, faut pas qu’elle parte, je l’enlace, on est ensemble. La fin est plus silencieuse comme si elle sonnait notre dernière strophe en fade out.


Je me retire, et regarde mon sperme couler dans un fluide de vie mélangé à sa cyprine.


Debout, je la regarde, impassible, sa tête est tournée vers le ciel de la chambre, ce plafond blanc, ses yeux verts émeraudes sont fixes, des rougeurs apparaissent sur ses joues comme toujours après la baise, comme si elle était gênée d’avoir fait ce qu’on a fait. Elle est toute décoiffée, l’intensité de mon geste s’inscrit sur son cou. Je n’ai pas été de mains mortes cette fois ; notre amour s’est toujours marqué dans nos corps. Mon regard descend vers sa poitrine, qu’à ses yeux, a toujours été un complexe. Moi j’adore ses seins en poire, ni trop gros ni trop petits, ça vieillit mal les gros eins. Ses tétons pointes comme si l’excitation ne savait pas descendre, la chair de poule se marque sur ses collines brulantes.


Immobile, elle reste inerte dans ce cliché à la beauté nette et sans bavure. J’attends et j’ai envie d’allumer une clope. Je ne sais pas si on a baisé longtemps, si c’était trop court ou trop long


pour elle. Parfois, la perception du temps change. Maintenant il me semble éternel ; depuis que mon regard la fixe en espérant que cette poitrine se soulève. Si elle respire.

 


….

 


Aveuglé par la nuit, l’air chaud et humide de la pièce la rend encore plus pesante. J’ai beau ouvrir les yeux, la pénombre est trop sombre ici. Mes yeux n’arrivent toujours pas à s’habituer au noir.


Je ne perçois que le ronflement du voisin.


Mes draps sont moites, encore, comme toutes ces nuits incessantes.
 

Va falloir prendre son mal en patience.


Voilà ce qui me reste à faire à attendre le préau

 


Vivre ma peine pour panser la mienne


En vivant avec elle.


Quand je sortirai, J’aurai payé ma dette


Peut-être que je pourrais recommencer une vie ou peut-être pas.
 

C’est ce que le psy m’invite à faire, à avancer.


Moi j’aurai voulu être accompagné


Mais c’est dur quand ta vie se résume à foirer et il aime bien me le rappeler en me demandant les détails de cette fameuse soirée.
 

J’ai grillé ma dernière clope, elle s’éteint tout doucement au bout mes doigts comme toi dans ce rêve qui n’aurait pas existé sans toi.
 

C’est ça que ça fait de pleurer ?

théologie et géométrie
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art par SamD et kiwi vert

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