miroir fragmenté par l'allosaure allègre
1er octobre
Une petite lumière bleue s’allume sur mon gsm. Une petite enveloppe s’affiche sur un fond d’écran à l’humour douteux ; tri à écrire : pour ce prochain trimestre, notre thème s’impose : Miroir :
Oh mon beau miroir ?!
Tu vas devoir te contraindre.
Je décide de me regarder quotidiennement ; de faire le point sur ce que mon reflet dégage dans un exercice égocentrique et narcissique.
2 octobre
Premier jour de l’exercice ,je décide de me raser : j’observe ; mon regard se pose au milieu du visage, sur des yeux gris clairs, vitreux, avec de sinueuses lignes rouges sur l’œil, plus prononcé à gauche qu’à droite. On est jamais vraiment symétrique, ça évite d’avoir la tête au carré, une tête de brique. J’ai des taches vertes dans l’iris. Mon visage est toujours cerné malgré les caresses du soleil ; Mon menton s’habille d’une barbe longue bigarrée, un trou imberbe fissure la continuïté de cette pilosité dure. Une ligne, une balafre souligne ma fossette quand je ris. Elle creuse mon sourire en relevant ma pommette droite.
Je ne ris pas. Ma moustache est rousse. Depuis quand le suis-je ? Depuis que je suis devenu matérialiste ? Il paraît que les roux n’ont pas d’âme. Le mien se propage dans un blond vénitien. Les restes de couleur marquent les vestiges de mon esprit. Je connais quelqu’un qui a un trou dans son âme.
J’espère que ce n’est pas grave.
Je commence par un coup de tondeuse. Ensuite, le rasoir passe ; sans mousse. On fait ça au savon et à l’eau froide. Je taille dans le vif, comme un bûcheron. Le rasage est bruant comme un son de velcro qu’on décroche. J’arrache un peu ma peau. Ma barde est dense, une sorte de paillassons ou le coté vert d’une éponge. Mes poils sont drus et épais. Ca rape quand je trace la lame, ça « scratch ». Je me coupe, évidemment ; trop délicat et pas assez rapide. Je rajeunis, j’ai une tête de bébé. J’ai découvert la fontaine de jouvence ; Bordel la gueule ?! la barbe est un cache misère. En dessous de mes yeux défoncés, mes lèvres se dessinent sous une rosée de toilette. Elles sont comme libérées du joug et de l’oppression de ma pilosité. Des points sont encore visibles au niveau de la moustache et du menton. Ca me rappelle les activités en maternelle où on devait pointiller un dessin avec une épine. On m’a dit que cette marque de pilosité est du « bleu de barde ».
Aujourd’hui, j’ai envie d’être un pirate à la barbe bleu.
5 octobre
Je descends au village avec l’ermite. Il s’est endimanché pour l’enterrement d’un vieil ami ; « Séverino ». C’est un joli nom. On descend sur les pavés. La lumière se faufile à travers les arbres ; elle se répand sur notre promenade funèbre dans une atmosphère douce et chaleureuse ; un contraste pas si désagréable. J’ai l’impression d’être dans un tunnel de lumière jaune où les pinsons, et les merles virevoltent dans ce passage. Ils sont aux aguets et bondissent à notre venue. Ils se demandent peut-être qui sont ces deux personnes solitaires.
On arrive sur la piazza del chiusa : San Bortholo. Elle dégage une certaine vie malgré la tournure des événements. Je n’ai jamais vu autant de monde sur cette place dont la simplicité brute me laisse toujours sans voix. Des alpinis se tiennent droits, coiffés de leur chapeau vert à plume. Ils sont en ligne et forme une haie d’honneur. Le défunt arrive dans une grosse mazeratti. La mort peut être économique. Au moins, il a la chance de rouler dans une voiture de luxe. On dirait un gros scarabée, un bousier noir au reflet bleuté qui trimballe une décomposition.
On reconnaît tout de suite la famille aux larmes. Elle est en pleure. Le fils, un grands gaillard à la carrure imposante se met devant le coffre. Sa tristesse jusque là discrète explose en suffocation avec l’ouverture ; sa compagne l’accompagne dans ce concert larmoyant. Sa main est posé sur son épaule, sans savoir si ce geste est une manière de se cramponner à elle ou une marque de soutien. Je suis de marbre. La mort ne m’a jamais vraiment touché. Je suis beaucoup plus sensible à ceux qui restent. Je me retourne vers l’ermite. Son regard luit de tristesse. Ca me fait toujours quelque chose de voir ce géant à la larme facile. Je ne sais pas comment marquer mon réconfort tout en respectant la juste distance. Je devrais le prendre dans les bras, marquer un soutien, ou dire quelque chose…. Je me tiens là marquant par mon silence, le respect du glas. Parfois, il ne faut juste rien dire en espérant que l’autre interprétera le reste. La messe commence et nos chemins se séparent, je rentre au bar m’offrir une amertume réconfortante. Ce café amaro surprend toujours la serveuse, la Nadina, comme s’il était étrange de prendre un café sans sucre. Le bar est tout en bois. Aux murs des vieilles photos sont suspendues. Des souvenirs d’un temps vécu reflétant la présence des morts dans l’instant pour les empêcher de partir dans l’oubli. Un vieux est sous sa trotteuse, il fait des tours dans le bar, je le salue en lui disant qu’il fait du sport. Il y a pas d’age pour se maintenir en forme. Il sourit à peine et continue son exercice en fixant le sol. Il marmonne en faisant ses tours, dans un frottement régulier avec le parquet. Le bruit ambiant disparaît vite dans ma lecture. Je discute avec Kierkegaard. Je m’engueule un peu avec. Je rate, j’entoure, je contredis le reflet de sa pensée. La page du livre devient un brouillon de rature, une pseudo structure de pensée. La lecture me permet d’être dans la tête de l’auteur tout en m’empéchant de converser avec. Je vis une discussion frustrante mais la littérature me permet d’être télépathe.
La porte s’ouvre. Ca me casse dans la réflexion misogyne du poète existentiel. Les croc-morts à l’allure des pingouins entament la marche de l’empereur. L’un est grand et svelte. Il a des longs cheveux gominées, c’est le premier à saluer tous les gens du bar. Son imposition amène une forme d’attention. Un autre monsieur petit chauve et trapu l’accompagne. Il est derrière lui. De mon point de vue, il semble se cacher. Son costume, trop ample, lui donne un air sympathique et maladroit. Un autre monsieur, recroquevillé, les suit. Portant un costume noir qui lui fait une carrure exagéré, ses boutons de manchettes et ses bagues le déguisent en mafioso cliché. Un jeune bouclé sur son téléphone termine la marche funèbre. Il s’assied bien après les 3 autres. Le vieux chauve écoute dans un silence de mort, le mafioso lit le journal à la page du calcio et le chef parle à la serveuse en demandant si les transhumances gènent le commerce. Le petit rabougri demande un cappuccino et le grand un macchiato, Je ne sais plus la différence. L’un est avec de la mousse plus laiteuse, l’autre est plus fort en amertume. On leur apporte du sucre en sachet. Il l’éventre pour verser tout le contenu dans leur petit tasse.
De ma place, je suis le miroir.
Le gérant du bar rentre, il dit bonjour à tout le monde, il se tient devant moi. Je salue Marco en lui demandant comment il va. Il me répond ; bien. Il met sa main sur mon épaule. Assis, je me sens tout petit. Pourtant je suis plus grand que lui debout. Je ne comprends pas ce geste : un geste d’affection, un geste commerciale ? Ma gorge se noue et mes yeux s’humidifie. Je ne pense pas qu’il fait attention à ce que je vis. En tout cas, ma tristesse ne semble pas se refléter dans son regard. Il se détourne et se met au bar pour discuter de la transhumance avec les pingouins. Je ne comprends pas cette montée d’émotion. J’entends Marco saluer le vieux, son père. Ce dernier lui dit bonjour et marmonne qu’il est vieux, qu’il est bon à jeter en faisant son petit trot tremblotant. Il arrête sa course devant moi. Il me scrute avec ses yeux voilés. Je le vois sourire pour la première fois et dans ce rictus élégant, il affirme : « je préfère être vieux que mort ». Les pingouin se lèvent pour faire leur travail. Peu de temps après, l’ermite me rejoint au café discuter avec le vieux Marco. Je m’arrête de lire un instant pour devenir le spectateur de ce concert a capela.
17 octobre
Au bar, je croise mon voisin, Gekho. Il me salue en disant que j’ai ramené la pluie de Belgique. Je m’excuse pour ça. Il me paye mon café et demande qu’on me sert un verre de vin. Je lui dis qu’il est 10h du matin : « Il n’y pas d’heure pour boire ». Je lui tends mon verre et l’ingurgite. J’ai l’alcool social.
18 octobre
Un couple d’instagrameur loge dans le village. Un écran est-il une sorte de miroir ?Ils viennent travailler devant chez moi. Ils passent des heures devant leur ordinateur, à se focaliser sur les filtres et la colométries. Ils cherchent leur marque de fabrique, leur style esthétique. Il me montre et démontre l’importance des filtres, de l’illusion d’optique, qu’il est impossible de refléter la part subjective de la réalité. L’orage aperçu ensemble hier ensemble ne ressemble en rien à l’image que j’ai devant moi.
Est-ce la même chose pour un miroir ?
20 octobre
J’ai chopé une tique à l’épaule, je galère un peu à l’enlever. Ce parasite me paraît sympathique. Je n’ai pas très envie de l’enlever mais d’un point de vue hygiénique, je me lance dans la tache. Un coup d’alcool fort, et la pince se met au travail. Je regarde mon épaule dans glace à la recherche d’une trace particulière : Rien mise à part quelques hématomes dont l’origine m’est inconnue ; J’appuie dessus comme des petits interrupteurs bleus. La douleur arrive et s’éteint quand la pression s’achève.
Le miroir m’offre la vue d’un gars tout à fait normal mais que je trouve trop maigre. Une gêne s’installe entre ce reflet et moi. Ce « nous » m’embarrasse. Je veux détourner le regard mais pas par pudeur. Une forme de haine ; Un mélange de peur, d’ignorance et de gène ? Pourquoi ? En fait on hait ce qu’on est quand on est nu. Je cache ce corps en voulant vainement dissimuler que je suis juste un corps qui change progressivement. L’invention d’une ame perenne permet d’enchanter ce reflet :
Je suis un animal périssable, grégaire qui se compare dans le regard des autres.
21 octobre
Je relis mes écrits. Leur reflet amène beaucoup d’émotion, surtout un texte ; un écrit sur la lumière. Je me distrais en relisant l’exercice du miroir. Rien n’est bon. J’ai envie de tout supprimer. Franchement, on dirait un adolescent qui écrit un journal intime ridicule ; qui joue le poète maudit et le philosophe de pacotille : un véritable imposteur de la vie. Est-ce que cette imposture s’étend au domaine professionnel ?
25 octobre
Suite à un tour en voiture avec Gekho, beaucoup trop ivre pour conduire, il me présente à son ami ,Carlo, dans ces termes ; « Il sait boire le petit »; comme pour exclamer une capacité incroyable.
Depuis quand savoir boire est une fierté ?
26 octobre
Ce soir, le reflet est noir. Le suicide n’est pas une envie de mort où une sorte de pulsion morbide voudrait danser avec vous. Vous avez juste envie d’en finir. On est plus dans le souhait de quitter la vie plutôt que de rencontrer la mort. Sur le moment, je vais juste envoyer tout chier mais le corps a la trouille ; surtout en pensant précisément à la manière de s’y prendre.
J’envisage un instant un scénario précis, pour ensuite me dire que ce serait complètement stupide.
Je décide de travailler ma souplesse en guise de distraction. Depuis le mois de septembre, j’ai envie d’apprendre le grand écart et le poirier.
27 octobre
Aujourd’hui, je me réveille avec une érection ; impossible de la calmer. Je me retrouve avec un point d’exclamation à l’entrejambe ?! Assez gênant... car même avec mon pantalon, on voit que mon corps pointe. Et contrairement à la discrétion des tétons, la verge en fait toujours trop. Je décide donc de me promener à poil. Ce priapisme éphémère s’est déjà produit et ce, à plusieurs reprises. La dernière fois l’eau glacée avait calmée mes ardeurs péniennes. Ici, je décide de le laisser s’exprimer. Je m’affale sur le fauteuil comme un roi déchu de sa mobilité. Je me mets à lire. A la fin du chapitre, je me questionne sur la pertinence de partager un tel moment par écrit mais le sourire qui suit m’affirme une réponse poignante : Je réalise que mon pénis me fait un Fuck.
28 octobre
Lorsque je travaille au bois, « Le campolongo », un rouge-gorge vient me rendre visite. Il me zieute du coin de l’œil viellant sur son territoire. Il s’approche par rebonds dans un va et vient méfiant ; comme ci, malgré nos rencontres quotidiennes, je redevenais cette bête en qui il fallait à nouveau apprivoiser. Il m’observe s’acharner sur les ronces. Lorsque je relève la tête ou fait un mouvement plus brusque que d’habitude, il s’envole dans le buisson au loin. Le « petarelo » veille sur moi entrain de m’écorcher aux épines des ronces et celles de mes pensées. Il s’envole, quelqu’un vient : Carlo, sa voix étouffée par la fumée quotidienne lui donne un air de « don » de campagne avec sa carriole tout terrain. Il me souhaite bon courage et s’étonne que ma chemise est ouverte. En même temps, sa tenue montre une certaine fraicheur ; il porte une écharpe et un bonnet. Je lui ai dit que j’ai trop chaud. Il rit. Il me nomme « le bucheron au corps de femme » ici alors je surjoue un peu : « c’est parce que j’ai des bouffées de chaleur, mes rêgles arrivent ». Il rigole en avançant sa carriole.
29 octobre
En étant complètement ivre j’ai envoyé des messages à plusieurs personnes, mais pas à celles dont les pensées m’irradient le plus. Comme quoi je sais m’inhiber même ivre. Enfin je dis ça mais j’ai quand même envoyé un message à l’une d’elle. Contrairement aux autres, je ne l’invitais à me rejoindre… Dans cette ivresse, j’ai aussi posé une question extrêmement délicate et délétère à un être chère.
Mais qu’est ce qui me prend de faire ce genre de merde ?
Sa question me reste en tête : « Est ce que tu as l’impression d’être vivant ? Est-ce que tu sais qui te donne cette impression ? »
31 octobre
le désir d’interaction ?
Je me sens vivant quand je rencontre des situations qui défoncent mes a priori, qui remettent en question mes connaissances, qui me permet d’être un peu fou par moment, de me confronter avec lA réalité, de déconner, de rire, de discuter avec l’autre pour voir ce qu’il en pense, pour l’entendre dire qu’on a merdé, pour qu’il soit mon garde fou, pour que je sois son confident, pour qu’il me surprenne dans son imprévisibilité.
Je me sens vivant quand je suis dans l’interaction.
1er novembre
Selon le merle dans le buisson dehors, je dramatise trop. Il a raison, je devrais peut-être moins me prendre au sérieux...
2 novembre
Les gens me manquent ; même si ma mémoire est bonne, même si je les reconnais dans leur message, dans leur émoticone, il manque certaines choses. Et ce quelque chose c’est le corps. Il me manque leur manière de parler, leur voix, leur odeur, leur toucher, leur regard, leur sourire, leur manière de prendre l’espace, de rebondir sur tout, sur rien.
Pour quelqu’un qui se pensait solitaire c’est raté.
Je prône toujours l’erreur même si aujourd’hui elle est terriblement désagréable. Mes poumons prennent en étau l’air inspiré. Une boule remonte lentement mon larynx en prenant appui sur ses prises acérées. Je tord ma poitrine. Les larmes montent, et mon corps éclate seul en sanglot.
Je suis sensible, ça c’est une certitude.
3 novembre
Retour des messages envoyés en pleine ivresse :
« Coucou ?! ca fait longtemps :-) Tu deviens quoi ? Toujours aussi fou à ce que je vois ;-p »
« Euh l’idée est sympas mais j’ai des enfants ».
« J’espère que tu profites de ton année sabbatique. Ici il fait dégueu. Je suis content que tu penses à moi. Tu apparaîs régulièrement dans ma tête :-D».
« Je suis le compagnon de XXX, il vaut que tu ne la contacte plus».
Je n’ai pas envie de refléter mon coté arsouille. Je vais donc la fermer
5 novembre
Comment peut-on être si paradoxal : vouloir disparaître, se faire oublier tout en espérant que certaines personnes pensent à moi … Je suis tellement incohérent. Aujourd’hui je n’ai aucune envie de me regarder dans la glace.
6 novembre
Je reviens de ma récolte de chataigne. Les nuages commencent à répandre leur tristesse. L’humidité rafraichit l’air. Je n’ai toujours pas de couvre chef ni de capuche. Je décide de rentrer. Je passe par la route et croise un vieux couple se promener en quête de marrons chauds. Il se baisse pour prendre des chataignes. Leur mouvement manque de souplesse ; je leur donne la moitier de ma récolte. Le monsieur veut me payer, je lui réponds, « fa niente ». Je remonte la route, les gouttes qui n’ont pas rencontrer d’arbres s’écrasent sur le sol. La pluie se fait de plus en plus forte. Elle tombe en filaments d’une extrême finesse, presque impalpables. Elle s’immobilise au ras du sol pour former un matelas de brume flottante. En remontant la route de pavé très glissante, je rencontre un gros lézard noir tacheté de jaune ; une salamandre. Elle dandine ou plutôt dodeline de droite à gauche. Elle danse sous la pluie à défaut de chanter. Je reste là à l’observer. Je me fige pour éviter de lui faire peur. On reste immobile comme le temps. Je dois enlever mes lunettes car de la buée se forme sur les verres. Je me rapproche de plus en plus. Elle s’est habituée à moi. Elle est luisante et je m’amuse à la voir se tortiller dans une mare de feuille et d’eau. Elle me fait penser à ces lézards tanzaniens qui ressemblent à Spiderman. Un monsieur me demande si je ne veux pas un parapluie. Je lui réponds non merci en fixant la bête. Il me répète : sei securo ? Je le regarde en disant mille merci mais je n’en ai pas besoin. Il repart dans sa maison à une dizaine de mètre. Si il est sorti juste pour moi, cet acte est alors plein de gentillesse.
La salamandre se déplace. Je la suis. J’espère que je ne la dérange pas. Je n’ai pas senti ma veste percer. Je sens la fraicheur de l’eau se répandre sur mon épiderme. Mes vétements s’imbibent. Je reste encore un petit temps pour que ma peau se réchauffe en s’habituant à l’humidité. C’est très curieux que cette bête n’ai pas peur de moi.
Je commence à avoir froid, et mon corps se raidi pour garder une forme de chaleur. Il est temps de rentrer et aller manger. Je dis « au revoir » à la salamandre. Elle ne me répond pas.
7 Novembre
J’ai eu la merveilleuse idée de me cuisiner des champignons de la montagne cueillis à l’instinct. Je me retrouve sur le pot face à ce miroir dans un combat d’expulsion ; Ma physiologie donne tout face à ce corps étrangers. Le miroir reflète toute la stupidité de mon intuition. Quelle idée de mettre ce miroir en face des chiottes ?! Je suis à moitié nu. Mes boyaux se tordent dans l’effort. Ca me fait transpirer. J ai jamais eu autant de difficulté pour chier. On ne se rappelle jamais du poids du corps quand il fonctionne.
Je me reluque dans le miroir. Je suis encore plus laid sous le pot. J’essaye d’avoir une pose un peu charismatique. Je tente le penseur de Rodin mais je suis toujours aussi ridicule. Le contexte n’aide pas. J’essaye de le changer par la pensée : On met souvent la pression sur les corps : surtout sur celui des femmes. La pression peut s’inscrire dans les corps. Un spasme physique cesse ma réflexion. Et du penseur Rodin, je deviens un constipé lié par ses entrailles. Je dois arrêter de me prendre la tête pour ce genre de baliverne existentielle. Une pensée s’active avec la douleur. Je me rappelle d’une phrase d’Enerst Becker ; « Que ce soit sur un trône divin, tous individu est assis sur un anus. Nous sommes nés entre excréments et urines ». Cette phrase me fait rire, qui suite à la contraction abdominale, me rappelle la douleur intestinale ainsi que ma connerie.
Si je dois aller à l’hopital ici, je vais être dans la merde.
9 novembre
J’ai complètement récupéré de mon aventure culinaire. Je décide de me tailler la barbe. Quelques poils s’incarnent et s’infectent. Mon enveloppe perçoit mon corps comme un étranger. J’ai des poils sur les oreilles ?! Depuis quand ? Ils sont roux, longs et fins. Ma pilosité est étrange. Je suis imberbe sauf dans des lieux inexplorés, sur les pieds, les orteils et les oreilles. Je suis un hobbit. Mes cheveux bouclés deviennent de plus en plus bordéliques. Des cheveux blancs me font signe d’une certaine sagesse ?… on dirait une permanente.
10 novembre
Aujourd’hui, la météo rayonne ma bonne humeur. La montagne se dénude de ses feuilles, elle change, et se change tout doucement. De nouveaux détails s’illuminent à ma conscience. Le soleil est chaud, le vent caresse ma peau. Je suis tempéré. Une buse se laisse guider par les vents chauds. Elle prend de la hauteur. Je reste là un moment : un papillon noir et orange réalise des acrobaties aériennes. Les oiseaux chantent, ils gueulent ; Ils fanfaronnent dans tous les sens. En regardant l’horizon, je me dis que le jour n’est qu’une illusion, un doux ensorcellement où le bleu n’est qu’une épaisseur d’air luisant au soleil. La couleur n’est qu’un essaim de lumière vibrante. Je vis dans un arc-en-ciel, un spectre de lumière invisible. Enfermé dans une boite crânienne, je vis une belle supercherie, un envoûtement personnel esthétique. Comment peux-ton créer tout ça ? On est tous des artistes.
Après m’être posé sur cette pensée métaphysique, une vrai question survient. La question la plus existentielle qui soit : qu’est je vais bouffer ce soir ?
11 novembre
On me demande la raison de cette année sabbatique :
Je ne sais pas quoi répondre.
Mais à l’écoute des autres, plusieurs explications s’offrent à moi;
- Pour un nouveau départ et se remettre de deux séparations amoureuses
- Pour incarner une idéologie décroissante, en voulant renier le capitalisme des sociétés modernes
- Pour vivre une débauche rempli d’artifice
- Pour écrire un livre, composer et lire de la philosophie
- Pour fuir
- pour faire un acte d’anarchiste libertaire (en gros, on pourrait traduire ça comme : faire le bourgeois qui fait grève)
- Pour faire le point sur sa vie
- Pour développer son projet professionnel.
Je ne sais toujours pas quoi répondre.
12 novembre
Il devient extrêmement dur de soutenir mon regard dans le miroir. Cette exercice devient de plus en plus une contrainte. Cependant de nouveaux détails apparaissent dans mon reflet ; j’ai une tache de naissance sur le lobe de l’oreille droite. Depuis quand suis je percé ?
13 novembre
Mes insomnies ne se calment pas ; les pensées fusent, je rêve de choses et d’autres ; de personnes. Est-ce normal ? Après autant de temps, autant d’absence, même avec les autres expériences, les autres rencontres ? J’ai chaud, j’ai jamais eu autant chaud. Il fait combien dans la chambre ? 12 degrés. Enlever mon slip n’arrangera rien. Ma peau ? Comment fait-on pour se dépecer ?
Je me lève pour prendre une douche froid, pour me rafraichir. Mon corps se tend sous l’eau, il devient dense et lourd par la contraction. J’ai le souffle coupé, l’eau m’enveloppe. Je me tords sous la fraicheur. Je coupe le robinet.
J’ai encore plus chaud quand ça s’arrète. Et je suis encore plus réveillé ; Quelle idée stupide….
Quand on prend une douche froide, aucune buée se dépose sur le miroir.
15 novembre
Mon frère est venu me voir. Il se met à apprendre la basse. Je lui montre ma technique du slap. Il apprend très vite et je me rends compte que son toucher est bien plus précis. J’admire son talent et son travail. Nos différences n’ont jamais été une rivalité. Quand est ce que la dualité devient une relation ? Depuis son arrivé ici, il est souvent avec l’ermite. Leur complicité me fait sourire. Sa compagne est de la partie. Elle est chiante quand la faim arrive. Voir mon frère se plier en quatre pour la satisfaire m’énerve. Cet énervement s’estompe directement car je sais tout le plaisir de prendre soin d’un être qu’on aime. Leur concert de tendresse m’apaise.
Comment l’émotion se reflète ?
17 novembre
Je me lève et regarde ma tête. Mes boucles du coté droit sont grisonnante. Une petite rougeur sur la joue droite est apparue pendant la nuit. Mes sourcils sont fins et j’ai de légère tache de rousseur. De petits poils noirs poussent sur mon nez ; ma pilosité a vraiment le don de s’éparpiller n’importe comment. Est ce la part chaotique de mon être ? Un oiseau m’a chanté une fois que je ne savais pas rassurer. Dans une folle discussion, elle avait émis l’hypothèse que je me nourrissait du chaos. Un lièvre tente de me démontrer que je suis un chaotique bon en faisant référence à un jeu de rôle. Je n’ai jamais été très bon dans les jeux de rôles sociaux.
18 novembre
Une petite lumière luit sur mon téléphone ; je le prends, l’écran noir reflete une touffe bouclée. Le contre champs me fait un gros nez . C’est rare de se voir du bas. On se prend de haut. Nouveau message : j’ai discuté avec un mec sur internet, il me fait beaucoup penser à toi ?! J’écris une réponse instinctive ; Alors je te conseille de t’enfuir.
Je n’appuie pas sur le sigle de l’avion en papier, vaut mieux que je réponde un plus tard.
Je ne suis pas impulsif quand je vis une émotion désagréable.
19 novembre
Face à ce miroir qui à la pudeur de ne pas me refléter mon entre jambe, je pose mon regard sur ce qui est moi. Un corps juvénile éffilée. Sans vouloir poser un jugement esthétique j’appréciais les moments relationnels où nous étions en désaccord avec nos visons de corps ; où chacun dessinait par son regard, le tableau de l’autre, il en faisait une œuvre où les défaut modelaient le beau. Je me rends compte de la chance d’avoir été peint par ce regard si singulier. J’espère que le mien était à la hauteur de l’oeuvre d’art qui se présentait devant moi.
Leur regard me manque et j’ai envie de les peindre intensément.
20 novembre
Je pense toujours autant à la sittelle tout comme le martin. C’est pas normal. Je me suis amuser à regarder des photos pour voir comment leur reflet brillait… Pourquoi est-ce aussi vif ? aussi présent ? Tout mon corps s’active et me hurle : Fais quelque chose putain ?!
Deux possibilités s’offrent à moi : le vol stationnaire du faucon crécelle dont seul la tête est immobile ou le vol plané de la buse sur le vent des pensées.
Ma mémoire met en scène une conversation passée dans une camionnette jaune pour définir clairement une relation ainsi que son engagement. Une nostalgie un peu floue mais qui s’éclaircit sur deux éléments : selon ses dires, j’étais un caca de buse et elle une tarte : je me rappelle très bien des sourires et du flots d’émotions : on avait terminé la discussion dans une tendresse un peu folle ; une douceur que je raffole.
Le souvenir n’est pas exclusivement un moyen de conservation. Il ne stocke pas, il est un moyen d’augmentation. Ce qui est pénétré du souvenir a un double effet, il vous rappelle la sensation incroyable du corps ; par l’ouie , le touché, la vision, l’odorat, la chaleur tout en vous encourageant à l’interaction. Ces souvenirs amènent de la curiosité, à découvrir et à se redécouvrir dans le tout énigmatique de la personne : un tout bien plus grand que la somme de ses parties.
2h du matin : je pense que je ne suis pas prèt de dormir
23 novembre
Entre le je et le moi, c’est la dispute, la discorde constante. Ils s’engueulent. L’un crie que le je n’est qu’un imposteur en lui lisant la littérature scientifique autour de la problématique clinique, l’autre me hurle qu‘il est un piètre joueur. Je suis nulle part et face au vide, ces deux là ne sont pas seuls : l’égo, le soi et les masques sociaux, des stéréotypes d’artistes aux les préjugés maudits sont de la parties. Le lapin, le fou et les « moi » passés s’invitent aussi régulièrement que possible.
C’est toujours la bagarre entre ces entités aux grandes gueules. Ils transforment toutes pensées en une assemblée introspective où le doute est de mise : « j‘ai des connaissance mais pas assez ». « Tu vas t’isoler pour te rendre compte de l’importance des autres, de tes relations ». « Je veux être oublié tout en espérant que certaines personnes pensent à moi ». Le je déteste le moi que ce dernier méprise. Ca s’emballe. Ils s’invectivent et m’empèchent de dormir. Je relis la lettre d’un ami sur la solitude, sa plume est réconfortante, elle est un tu. J’ai besoin d’un tu, d’un vous pour que le moi et le je s évitent de s’entre-tuer. Le nous me m’a jamais paru aussi beau.
La réflexion de mon voisin résonne dans ma tête
La solitude est un luxe mais la relation est bien plus précieuse. Elle est un bien riche.
24 novembre
Je relis mon passage d’hier. Voici ce qui m’arrive en tête : « je suis un véritable branleur intellectuel, un individu narcissique complètement imbus de sa personne, condescendant au possible au style littéraire lourd et insipide ».
« Ferme ta gueule »
25 novembre
Mon corps est une carte de cicatrice. Je ne prends pas de poids mais je m’affine. Je perçois certains muscles qui me semblaient inconnus aux niveaux des cotes. A défaut d’un autre regard, les ronces me dessinent par leur contact. Je suis rempli de traits rouges, roses et bruns.
3 décembre
J’ai décidé de me faire un arbre, un acacia, sans tronçonneuse. J’ai plein de cale au doigts. L’ermite vient m’aider ; il chatonne « maladita motoséga » en faisant des fucks dans le vide. Il s’excuse pour ce geste débordant en précisant qu’il ne m’est pas destiné. Je ris. On repart scier dans une folie conjointe.
4 décembre
Je fends les bûches de l’arbre mort. Tout d’un coup, sous l’effort, mes sinus se débouchent. Une odeur forte de bois chaud me monte au nez ; un mélange de fleur d’orangé musqué et boisée. Mon odorat n’est passez fin pour percevoir ce que ce bois m’offre. Sous la décongestion, l’odeur explose dans mes narines. Depuis quand mon nez est bouchés? Fendre le bois demande agilité, coordination et volupté. Je galère un peu mais lorsque le rythme s’enclenche, on coupe sans effort. Attention, à ne pas me couper l’orteil. C’est gai et amusant, je suis un peu défoncé. Est-ce cette odeur qui m’enivre ?
6 décembre
Un oiseau relationnel me demande de revenir. J’hésite. Mon égo stupide m’oblige à rester dans cette expérience d’ermite solitaire: une affirmation fausse car en plus d’être avec mes livres, je discute beaucoup avec l’ermite italien, le guide de ces terre.
Il insiste : « Allez reviens ; fais pas ta salope. »
Je lui demande pour quelles raisons ? pour voir ma sale trogne ?
Il contextualise sa réponse :
« Ouais en vrai, j’ermitise tellement que je deviens un peu fou. Fin surtout je me fais chier ».
Il conclut 5 minute plus tard :
« C’est 100 % égoiste, c’est parce que je m’emmerde grave ».
Cette phrase ; j’aurai pu l’écrire. Je ne sais pas ce que le merle pense mais pour moi cette réponse permet de relativiser mon attachement à la personne concernée.
Je trouve ça amusant et complètement stupide.
7 décembre
J’ai un retour sur un de mes écrits. Je me l’approprie mais dans un élan d’honnèteté, je ne couche sur papier que les cadeaux de mon entourage ou du contexte. Je ne suis qu’un intermédiaire. Le merle à la plume vive s’excite dans sa critique. Son chant méticuleux sonne dans ma tête : Il dépeint une écriture prétentieuse voire pédante, un passage agressif et acrimonieux où mon regard pose un jugement bourgeois envers les autres. Pour lui, je devrais arréter de pester comme une salope.
Outre cette expression douteuse avec une pointe de misogynie, ce chant ne ressemble pas à la partition écrite. Comment peut-on être perçu si différemment ?
Je m’installe devant la table qui me sert de bureau. Je me mets devant l’écran, je le relis ; les fautes d’orthographes me sautent à la gorge et le chant du merle interfère ma lecture. Je ne suis pas d’accord mais il a raison ; je supprime tout.
8 décembre
Mes insomnie sont toujours autant présentes, mais le poids de la fatigue ne se fait pas ressentir. Je me pose sans distraction en ne faisant rien. Je suis une barque qui dans l’immobilité, tangue sous les flots de cognitions. Et je m’entête à rester éveillé ici avec ces pensées. Je me fatigue. J’ai envie de prendre congé de moi. Comment fait-on ? Qui va vivre une expérience en solitaire pour se rendre compte que le plus important ce sont les relations ?
Je décide de me foutre la paix aujourd’hui. Je me suis laissé une surprise : mon écrit supprimé est toujours sur mon téléphone.
Parfois, je suis comme ça. Je me fais des coups bas. J’ai laissé la vaisselle sale à mon autre moi.
Ce matin, le miroir me montre des yeux boursoufflés d’une météo diluvienne, un mélange de culpabilité et de tendresse.
10 décembre
Aujourd’hui, je ne sais plus couper du bois. Mes épaules grincent de douleur à chaque levée de bras. Je m’acharne donc sur les ronces.
L’une d’elle me griffe le téton gauche : la salope.
Je fais du BDSM avec les ronces.
12 décembre
Peut on procrastiner la tristesse ?
13 décembre
On décide de se balader avec l’ermite. Je fais du hors piste, et je peux voir le solitaire me jeter ponctuellement un regard. Il semble vigilant comme ces promeneurs qui lachent leur chien en vacances Je suis un animal de compagnie qui peut enfin vivre la liberté des grand espaces mais avec la crainte constante de la fuite sans retour.
En sautillant comme un lapin, je me dis que je suis un enfant : quand est-ce qu on devient grand ?
14 décembre
Dans une discussion avec un ami enfumé par le cannabis, on traite de la complexité d’être en relation. Il ne se sent pas responsable de l’émotion que l’autre vit, surtout quand elle panique. Mon désaccord se maintient et ce même en nuançant son propos. Effectivement, je n’induis pas une émotion particulière, je crée juste un contexte qui va faire émerger ces passions. Mais quand vous créez le contexte d’une détresse de quelqu’un qu’on aime, on se sent démuni et tellement triste. Je m’en veux. Je l’invite à y réflechir.
Il tire fort sur son joint. Pour lui, je suis trop sensible.
Je ne comprend pas ce « trop ».
J’insiste en le poussant s’imaginer la confusion se refléter dans le regard de sa compagne suite à l’un de ces actes.
Il expire sa fumée ; « Ouais, en vrai c’est chaud ».
16 décembre
Les souvenirs défilent. Les pensées s’enfilent et effilent mon expérience : dans un plaisir tendre, tellement triste par moment. Je sais que ce n’est pas grave d’être triste, que je dramatise mais à cette instant, c’est dur. La sensibilité éprouve. Ca vous ensorcelle, ça vous prend aux tripes. j’ai très envie de me laisser guider par la folie, sous une impulsivité positive car j’ai envie d’être en contact avec l’intensité joyeuse, ce désir débordant.
Arrêter de penser. Comment fait-on pour vomir son coeur et éclater sa cervelle au sol ?
Je relis un sms en me disant qu’il faut que je passe à autre chose ;
Je ne sais pas remplacer, je ne fais qu’ajouter.
Je suis en menace de débordement.
Dans une détresse diluvienne, je contacte la seule personne insomniaque de mon entourage. J’attends de lui une réponse piquante à l’humour noir et vindicative. Il a l’art de me faire rire.
Sa réponse imprévisible me laisse sans voix.
Un simple « courage » qui m’éclate encore plus dans le chagrin.
Qui pleure quand on lui montre de l’affection ?
24 décembre
Revenu en Belgique pour un décès, mes sensations sont étranges. J’ai envie de voir certaines personnes mais leur présence m’oppresse. Je suis à une fête familiale. Mon neveu s’approche en me demandant pourquoi je pars un an en Italie. Je hausse les épaules ; pour rester flou et ambigu, ça permet souvent à l’autre de combler le vide avec un peu de lui ; une forme d’invitation à s’imaginer une réponse personnelle. J’apprends à les connaître. Ici, mon interlocuteurs est un gosse. Il attend donc ma réponse. Il insiste. « J’ai envie de me faire oublier ». Silence ; son visage est en réflexion ; Son front se plisse ; ça cogite. j’entends presque les rouages de son cerveau. Ma réponse abstraite n’est pas vraiment correcte. Il me répond: « mais pourquoi ? » Il est tenace. Je change de stratégie en détournant l’attention ; je lui demande ce qu’il veut faire ce soir. Il veut regarder un film. Il me parle de Spiderman 2. Il s’embarque dans des explications complètement incompréhensibles. Je m’accroupis comme si diminuer la distance pouvait m’aider à saisir un peu plus le sens de ses propos. Il s’emballe dans une joie explosive. Il crie et me témoigne son partage intense. Au vu de sa représentation, ça me semble trépidant. Je lui propose de regarder ce film un soir avant mon retour en Italie. Il me demande si je dors à la maison avant de partir. Un retour peut donc être un départ. J’acquiesce avec plaisir. Il lance un trop cool en se jetant dans mes bras. Je ne perds pas physiquement l’équilibre mais son geste spontané m’émeut intérieurement. Je lutte pour rester droit. Il me dit qu’on n’oublie pas Spiderman donc on ne m’oubliera pas. Je lui affirme que je ne suis pas Spiderman. Son regard interrogatif m’amuse un peu mais je sens encore l’émotion se balader en moi à la limite du raisonnable. Mon corps joue au funambule. Ma nièce arrive à toute allure en hurlant qu’elle a trouvé des chouchous. Je lui avais promis qu’elle pouvait me faire des couettes.
6 Janvier
Depuis mon retour en Belgique, je décide de réaliser une envie en contactant un oiseau ardent qui m’est chère. Son retour est simple ; « Tu te fouterais pas un peu de ma gueule ? Tu me nies, tu n’as pas voulu me voir à ton départ ; c’est violent, tu m’envoie un sms pour voir comment je vais pour ne plus donner signe de vie ensuite. Franchement ? Tu te prends pour qui ?
Pour rien ;c’est un reflet à prendre en compte, un reflet à réfléchir
Tu me manipules ?
Peut-on fendre un miroir au touché ?
Je m’excuse tellement d’avoir fissurer ces reflets. Peut-on être un miroir brisé qui pense bien faire alors qu’il manipule ou harcèle. En tout cas, cette réflexion m’amène à corriger ce que j’ai dans ma tête ; à essayer d’être le plus clair possible dans mes gestes ;
d’être un miroir sans teint à défaut d’être un miroir déformant ?
Je suis sincèrement désolé.
7 janvier
Assis dans un fauteuil sans repose nuque, les oiseaux qui m’entourent s’envolent dans ma volière interne. Ces relations brillent par leur interaction. Ils sont des miroirs rayonnants et reflétants la vitalité de mon être. Ces pensées s’embrasent dans un vol chaotique arc-en-ciel ; la cage est ouverte mais ils revienne régulièrement en tête. Il transforme leur parade en un feu d’artifice. Je me dis que j’ai beaucoup de chance de les connaître , de savoir qu’il dessine mon être:
Le komodor tendre
la loutre hyperactive
l’avocette élégante
le merle aigre doux
le rouge-gorge courageux
le pic affectueux
l’ours polaire sous lsd
le paresseux solaire
le cacatoès tragicomique
le jar familiale
le tétra lyre porteur de système
l’engoulevent fixe
le martin-pecheur ardent
la mésange mélodieuse
la linotte destructurée
le crocodile terminé
le lièvre insatisfait
le marabout lecteur
le lama défoncé
le tichodrome enfumé
le kétoupa cosmique
le coq anglais nuancé
la buse solitaire
la sittelle dansante
Ces animaux sont comme ce miroir dont l’illusion est parfois trompeuse où les apparence sont imprévisibles. Chacun de ces êtres reste un miroir au reflet énigmatique parfois amusante et parfois angoissante sur l’autre et sur moi. J’espère qu’il voit toute la lumière qu’il reflète ; leur importance dans ma réflexion, dans mon interaction et dans nos conversations. J’ai très envie de revoir tous ces miroirs, de continuer à réfléchir dans et par leur regard. En faisant attention, chaque détail me permettra de continuer d’y voir cette énigme particulière, cette énigme qui continue à bouger, à transparaître, à me faire réfléchir.
Qu’est ce que réfléchir si ce n’est une manière élégante de dire changer d’avis.
Merci à eux de me faire changer d’avis..
Et toi qui sont les miroirs de ta vie ?