Sexe en lumière, par la souris dorée
A L.
Je marche, sans vraiment errer, dans une forme d’errance dirigée. Je sais où je vais et je me laisse porter. Un peu comme enfant, sur l’autoroute, je regardais le paysage et les lampadaires. Ces lampes qui avec la vitesse s’éveillent et diminuent dans leur intensité les transformant en veilleuses reposantes. Je m’endors souvent en voiture comme si le mouvement m’invitait au repos comme si, agir était reposant.
Les écouteurs dans les oreilles, je m’évade dans une ruelle sous les lueurs des lanternes modernes et stroboscopiques, je marche et je m’apaise sans doute(s) car on ne voit pas mon ombre. Le rythme de la pluie met en lumière une belle tristesse diluvienne. Le temps semble comme ralenti. Je me demande si la pluie est aussi triste. J’aime bien comment les gouttes s’effondrent sur le sol dans une averse parcimonieuse et torrentielle. Cette symphonie ombragée et humide est remplie de douceur. Elle danse aux rythmes des publicités multicolores. Mon ombre semble floue, en mouvement et fait corps avec le reste. Le contexte fait luire une folle danse empathique. J’ai l’impression d’être en apesanteur, de ne pas exister.
Je rentre dans le métro. La station illumine 3 clodos en quête d’une chaleur sans lumière. J’aime bien les métros. On connait toujours la destination ; En plus, on doit se laisser transporter. J’appuie sur la lumière verte pour entrer. Quand c’est rouge, c’est interdit quand c’est vert c’est accessible. Moi aussi je suis tantôt rouge, tantôt vert. La plupart du temps, je suis plutôt violet ou orange. Je ne sais pas pourquoi.
J’aimerai être noir obsidienne.
Il n’y a pas grand monde dans ce métro. En même temps, il fait nuit. À mon entrée, une personne sourit, sans doute en réponse à un rictus rayonné par mes pensées d’une rencontre anticipée ou animé par une politesse vaine. Son visage est éclairé par cette petite boite scintillante qui illumine la vie, nous happe hors de l’ennui dans le feu incandescent d’information, de paraitre, de rire et de chatons ; ces influenceurs artificiels de vies ternes qui permettent de se mettre en scène en s’illusionnant d’un contact charnel par le doigt, le son et la vision. Ces nouvelles lucioles semblent nous envouter dans un dépassement de l’espace-temps, un ersatz d’omniscience : un outil d’instantanéité, de disponibilité, d’aliénation constante : tantôt rassurante tantôt oppressante.
Mes téléphones ont toujours été défoncés ; J’aimerais bien que ma luciole soit de couleur rouge de temps en temps.
Il y a un mec dont le regard semble perdu dans l’écoute d’une musique. Ecoute-t-il vraiment ? Il a une canette de bière dans sa main. Je me demande s’il est ivre de joie. Il y a une dame qui est sur sa tablette, elle luit aussi. Elle est complétement tatouée, je la regarde mais elle ne me voit pas, elle joue sur son écran, touchant des cartes dématérialisées. Elles aussi elles brillent quand on les touche. Je suis comme absent pour elle. C’est confortable de pouvoir l’observer sans interaction.
Je me demande si son tatouage signifie quelque chose ; si mon corps est aussi marqué, dessiné. Si la lumière permet de voir mes traces. Je ne l’espère pas. Je me demande si je brille aussi quand on me touche. Mon regard se perd, il a envie de se perde. Je vois mon reflet à demi éclairé dans une forme de clair-obscur, syncopé par les tunnels et les reliefs des souterrains.
Seul face à moi.
Je suis bien coiffé, pour une fois.
J’ai l’air fatigué, encore une fois.
Cerné par des émois,
J’ai les yeux rouges
J’ai l’air cassé et je ne sais pas pourquoi je pense à mon téléphone.
Parce que j’attends peut-être qu’une certaine personne me sonne ?
J’ai envie de pleurer.
Et mon corps se tord dans une force torrentielle pour m’en empêcher.
J’attends la fin de ma destination.
…
L’ascenseur s’éclaire. Je prends les escaliers, je ne veux pas que les lampes s’allument. On voit mieux les lueurs dans la pénombre.
Je me dirige vers un appartement. Je voie une personne,
Elle m’accueille les bras ouverts mais je ne sais pas comment lui dire bonjour. J’ai toujours été très nul pour dire « bonjour ». Et dire « au revoir » aussi.
Catastrophique pour ainsi dire.
Le salon est petit, harmonisé dans une couleur vespérale avec des petites lampes, des guirlandes. C’est à la fois scintillant, kitsch et donc un peu moche, un peu gênant mais très rassurant. Un peu vieillot aussi mais c’est une mocheté jolie ; un véritable petit lieu cosy très bien mis en lumière.
La lumière de la pièce est très belle
Elle lui va bien.
Le vin est rouge-bordeaux presque noir.
Ça veut dire que c’est interdit ?
Cette pièce me fait penser à l’automne car la lumière est tout sauf monotone, un peu étrange. Un entre-deux.
Je ne sais pas ou me mettre ; à coté ? Devant elle ?
Je reste debout.
Je suis vraiment nul. C’est fou.
Elle m’invite à s’assoir à ses côtés. On commence l’apéro du contact. Je ris, elle rit, on se chamaille et on se pique. Elle me fait marrer. J’adore son sourire et l’amusement derrière son regard chatoyant. Elle raconte sa journée dans un rythme presque frénétique, remplie de vie, de délices.
Je remarque que je souris derrière mon air blasé et que ce moment brise mon cynisme.
Il y a plein de petits détails qui s’illuminent par le reflet de la lumière tamisée. Ses pupilles se dilatent, et se contractent. J’aimerais bien ressentir ma mydriase et voir si ma myosis permet d’accueillir moins de lumière sur ma cornée. Mais je ne sens rien.
Son regard est triste par instant. J’aimerais prendre ce temps pour comprendre, prendre soin d’elle. Est-ce qu’elle voit que je suis cassé ? Ce n’est pas vraiment important. Parce que ce que je voie est beau. Elle est belle. Elle est sublime. Elle se sublime ?
J’ai envie de l’embrasser.
Elle m’invite à le faire, par son regard et en me demandant de prendre les devants : d’entamer le ballet.
Elle laisse la lumière pendant notre moment d’intimité. Elle a l’air pourtant gêné. J’ai envie de proposer d’éteindre la lumière mais la dernière fois que j’ai fait ça la personne s’est sentie vexée. On en a déjà discuté
« Je ne te plais pas ? »
« Ça va te permettre d’imaginer quelqu’un d’autre que moi ? »
Donc si j’éteins ça ne va pas et si j’allume ?
« Ca me gêne, je ne suis pas à l’aise avec mon corps. »
Donc ça ne va pas non plus.
Pourquoi, peu de gens aiment leur corps ?
Je me dis que ce serait bien d’avoir un entre deux. Une idée de génie me traverse ; Je vais allumer et éteindre de manière frénétique ; en mode jour-nuit.
Je suis vraiment très con.
Et puis ce n’est pas très pratique pour faire l’amour.
Je suis content qu’elle laisse la lumière allumée. Ça me permet de voir son corps. Ce très beau corps.
J’espère que ça ira.
Parce que j’ai parfois l’impression que quoique je fasse ; rien ne va.
Je la trouve belle mais j’ai l’impression que ça ne suffit pas.
Pourquoi certaines personnes veulent éteindre la lumière pendant le sexe. Pour ne pas voir les défauts ?
Pourtant, moi j’aime bien les défauts.
Et j’espère que tu aimeras les miens.
Ce ne sont pas eux qui rayonnent notre singularité ?
Et pas seulement ceux qui concernent le physique
C’est très con et absurde ce débat jour-nuit parce que souvent les gens ferment les yeux lors des rapports sexuels.
Moi, je garde les yeux grands ouverts.
J’aime bien ça, j’ai besoin de voir l’autre ; intensément.
Mais je sais que parfois ça gêne aussi.
On m’a déjà dit que mon regard était trop lourd, trop intense
J’ai jamais compris cette phrase.
Sérieusement, ça veut dire quoi ?
Je laisse donc la lumière et un peu de malaise pour entamer des préliminaires ; de douces caresses, on essaye d’apprivoiser nos corps pour entrer en danse, une douce transe. On commence à s’embrasser pour s’embraser dans un foyer exquis.
J’ai très chaud.
Est-elle en train de m’immoler ?
Je sens mon érection, J’ai mon sexe en feu, littéralement, brulant de douleur. Je ne sais pas si la lumière éclaire la douleur.
Elle se frotte à moi.
Son sexe contre le mien.
J’arrive à m’évader par la tendresse, bercée par l’harmonie des cajoleries suaves, ponctuée de gémissements, cette chanson singulière plaisante de plaisir. De lâché prise ; une très belle musique, un beau concert de partage. Tout se mélange dans une douce confusion ; Je goutte son sexe, je le sens se tendre ; je ne dirai pas qu’il est amer, il est trop singulier pour dire ça, mais plutôt comme une forme de tanin avec une pointe de sel ; après mon palais n’est pas très bon. La personne a les yeux clos. La respiration s’accélère, mon cœur file ; il y a des soubresauts d’air. Elle sert ma tête avec ses doigts dans mes cheveux, elle sert ma main fermement. Je me fêle, j’ai toujours mal mais j’oublie, ma main voyage sur sa peau, dans une tendresse ferme, je découvre sa douceur épidermique, sa chaleur, ses reliefs, ses aspérités, ses défauts. Sa peau est douce et j’aime sentir la vie accompagner ma main ; sentir notre interaction, nos contacts : c’est le plus beau des paysages, des voyages. Un peu humide, parfois moite ; une ballade lumineuse de sensations, d’explosions. La danse est à la fois dure et souple, À la fois tendre et violente ; Ça dure longtemps ? Je n’en sais rien. Je me perds dans son regard et sa pupille se contracte sous le bain de lumière, des rougeurs apparaissent, c’est chaleureux. Le temps n’est plus présent. Ca s’emballe dans un va-et-vient incandescent.
Je la prends ? Elle me prend ?
On s’éprend ?
C’est à la fois beau, étrange et inquiétant comment nos corps parlent, dansent. J’ai envie d’elle, je la désire. Ses hanches sont très sexy, son mouvement de bassin me courbe l’échine. Là, je suis attisé. C’est excitant, enivrant. Mais ce n’est pas qu’une histoire de corps. Son regard est aussi très intense derrière ses mèches de cheveux ébouriffées. Je mordille ses seins. Je la sens se courber. Elle aime ça. Dans une danse étrange, chamanique ; elle s’envole, elle s’échappe
Avec moi ?
Ça m’irradie de plaisir m’oubliant presque en elle. Oubliant mes douleurs en goutant cette sublime tendresse.
S’oublie-t-elle envahie par des sensations incompréhensibles ?
Ca donne envie.
Elle met fin à la danse dans un exténuement indescriptible. Des spasmes accompagnent notre douce folie. J’ai des douleurs, mais je ne lui en parle pas. L’orgasme semble avoir été conquis.
Pour moi ? Pour elle ?
Elle se lève pour aller aux toilettes.
Je mate encore ses hanches. Mon regard se pose sur son cul. Je dirais callipyge pour être pseudo-poétique dans cette vulgarité. Une belle vulgarité. Pourquoi les gens n’aiment pas le vulgaire ? Il n’a pas d’artifice dans le sexe, dans l’étreinte des corps. Mais est-ce juste une histoire de corps, de regard, d’hormones, de représentations, d’amour solipsiste, de possession.
J’espère que non.
La lumière l’éclaire mais j’aimerai voir son ombre. Pourquoi ? La lumière a beau nous éclairer, il y a toujours une ombre qui nous colle à la peau, une silhouette déformée par le soleil, par sa position en fonction du temps.
Pourquoi rendre tout ça compliqué ?
Un peu de simplicité bon sang ?!
On pourrait juste baiser, non ?
J’ai très chaud.
En fait, j’ai tout le temps chaud.
Ça pue le sexe.
J’espère que tu le sais, que tu es belle, tellement sensuelle, et je désire ton corps
Je désire le toucher, le gouter, le manger, découvrir ces singularités.
Et mettre en lumière toutes tes velléités corporelles.
Mais pas seulement,
J’espère surtout que ce moment, cette relation n’est pas qu’un mouvement du corps.
Et si c’est le cas, j’espère qu’on pourra être d’accord dans le désaccord.
Et si on n’y arrive pas, j’essayerais de profiter de cet instant, de ce temps mort.
Mais j’aimerais tellement que ce moment soit une portée dans notre partition dont la tonalité reste encore à écrire et à interpréter.
A deux ;
à plusieurs en fait car s’exprime à travers moi, toutes les autres personnes importantes pour moi ; Est-ce que les tiennes s’expriment à travers toi ?
Il y a rien de plus flippant que de se laisser porter par l’autre.
J’aimerais mettre en lumière toutes tes caractéristiques qui m’activent qui me donnent envie d’investir, d’apprendre à te connaitre, à nous découvrir dans la spontanéité, mais en faisant ça, j’aurai l’impression d’éclairer ton intimité.
Et parfois il faut garder des zones d’ombres.
Et on ne connait jamais vraiment l’autre car l’idiosyncrasie c’est surtout l’ambivalence des instants.
Et dans un mouvement nombriliste et égoïste, je ne parle que de moi en espérant que cet écrit ne te détermine pas qu’à un objet de désir.
Même si tu l’es aussi
Il n’y rien de plus égocentré qu’écrire.
Et j’espère que le sexe est plus que ça ; plus qu’un moment égoïste.
Car il n’y a rien de plus humiliant qu’être réduit qu’à un simple objet de désir.
Même si parfois, c’est excitant.
La lumière s’éteint, elle s’endort très vite. Les gens s’endorment vite après un orgasme ; sans doute les hormones, les endorphines. Il fait noir. Mais la lumière est toujours là. Il y a le halo de la lune qui s’invite dans la chambre et le lit. Ce halo m’enrobe. Il n’a donc pas d’absence de lumière même dans l’ombre et la pénombre. Il y a donc toujours quelque chose qui brille. Je la regarde. La lune éclaire mes larmes ; celles d’un chagrin et des doutes qui vont accompagner mon insomnie
Pourquoi moi ?
Je sers mon coussin et j’espère pouvoir éteindre.
M’éteindre dans la pénombre d’une douce nuit.
Veillé par une lueur nocturne autre que mes noirs pensées.
La lune est belle.
Elle attrape mon bras sans doute dans une forme de torpeur semi-automatique.
Elle se rapproche de moi, en s’emmitouflant autour de moi.
Parce qu’elle a peut-être froid et que je suis bouillant.
Je suis peut-être bon qu’à ça.
À être consommer et être consumer.
Ou pas. En tout cas je ne le veux pas, pas avec toi
Son contact est tellement bon.
J’ai encore envie de pleurer mais je me sens bien.
Je somnole dans une douce ivresse. J’adore tellement ça. J’ai envie d’y croire. Mais je sais que demain j’aurai sans doute une gueule de bois ; une gueule de doute, d’étrangeté où je vais casser les couilles ou en tout cas y veiller ; en piquant, en m’éloignant, en étant super chiant, en remettant tout en question. Je ne vais pas dormir beaucoup mais ce sera bien, tellement reposant, tellement bienveillant.
Et on verra comment on s’éclaire demain.
Car nos lumières éclairent les choses.
Même quand elles sont closes.
