Louvain-la-Neuve par le marteau jaune pisse
ma louve c’est d’abord l’impasse de Picardie,
le petit appart’ au-dessus du Slumberland et ses BDs refuge,
la chambre partagée avec le frangin
et puis les étudiants qui pissent et vomissent sur la fenêtre
à toute heure de la nuit ou du petit matin.
ma louve c’est ensuite le verduré clos des Molons
et sa gigantesque baraque aux terrifiantes tégénaires quotidiennes,
avec ses poteaux en bois miteux qui m’ont pété le nez
parce que j’ai une fois eu l’audace de les défier à saute-mouton.
ma louve c’est après la chambre chez habitante
en première année de fac
toute proche de l’ancien chez-nous,
c’est le baptême histoire de faire comme les gens font,
c’est les premières vraies gueules de bois,
les pif-pafs en boucle en cercle parce que j’ai horreur de ça,
parce que j’ai horreur de moi,
les premières vraies culpabilités de séchage de cours,
le premier blocus et l’unique où j’ai vraiment tout donné,
ou peut-être pas tout mais beaucoup
et avec moi beaucoup c’est beaucoup,
et puis c’aurait sûrement dû être d’autres premières fois notables
si j’avais été du genre normal.
ma louve quand maman revient de Gembloux c’est Lauzelle,
c’est la petite maison nostalgie entre les deux écoles
qui m’ont vu pousser –
la voie toute tracée pour les neveux –,
le melting-pot bourges et moins bourges et même pauvres,
blancs et noirs et un peu de beurres,
c’est dix ans in and out dans un spacieux grenier bouillant l’été,
c’est l’échec qui revient et le kot carotte sacrée
et une réussite inopinée mais finalement presque évidente
avec une mère qui presse les bons boutons.
ma louve c’est cet immense appart’ cadeau carotte avec les potes,
un palace rue Victor Horta avec beau balcon et vue sur le Lac,
une grande table au salon où trônent en seigneurs nos quatre PCs,
et puis l’ennui du Master
et le début des questions sans réponses
et le début de la dépression.
ma louve les deux ans qui suivent c’est l’appart’ sur l’Augustin
où j’aide Geoffrey avec son mémoire,
où de plus en plus souvent je picole avec Matthieu,
face au ciné où je ne vais quasiment plus désormais
parce que pour la première fois de ma vie je compte les sous ;
c’est l’atroce mémoire dont je me fous tellement
avec tous ses articles que je n’arrive pas à ouvrir,
c’est l’écriture de fictions comme échappatoire
mais aussi soyons francs comme excuse pour justifier la glande.
ma louve c’est enfin le quartier Belcoa et ses maisons plain-pied
où avec maman on devient voisins de la frangine et les siens,
où je finis mon illisible roman,
où je décide de me sortir les doigts et de me mettre aux antidés,
où je décide de me sortir les doigts et d’exploiter mon diplôme,
de lancer mon cabinet psy histoire de faire un peu de fric,
et puis de me remettre à la poésie
parce que pourquoi pas ?