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Mes cicatrices par la flûte violette

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Relever les cicatrices laissées sur ma peau pour en faire la cartographie précise.

 

Quelques points rouges et de mini cratères parsèment mon visage, traces d’une acné juvénile que j’ai combattue à coups de crèmes et de traitements pour ne pas ressembler à une « calculatrice » ou à une « boutonneuse » comme les autres adolescents s’amusaient à me qualifier tendrement.

 

Quelques taches sur mes mains témoignent de ma maladresse en cuisine. Le nombre de fois où je me suis coupée ou brulée en mitonnant de bons petits plats est impressionnant.

 

Puis il y a les cicatrices de différentes opérations.

D’abord celles sur mes genoux – je les déteste. On dirait que j’ai une paire d’yeux de chaque côté. On m’avait dit que ça partirait… tu parles ! J’avais 14-15 ans quand on m’a enlevé les morceaux de ménisques qui s’étaient déchirés à cause d’une pratique trop intensive de la gymnastique. J’en ai 35, c’est toujours là…

Ensuite celles dans le bas de mon ventre, ces mini trous par lesquels on a extrait mon appendice qui était mal-en-point et semblait aussi lourd qu’une boule de pétanque au moment de la crise.

 

Il me reste aussi la marque d’une belle entaille, à la taille, faite par mon chat quand j’étais ado. J’avais eu la bonne idée de le promener en laisse dans le jardin et, quand je l’avais porté pour le ramener à l’intérieur de la maison, alors que j’étais en bikini, il s’était débattu et m’avait lacéré le bide.

 

Et sur mes jambes, oh ! sur mes jambes, je ne les compte même plus.

Il y en a une belle grande et circulaire sur le genou gauche, rappel d’une jolie chute à vélo avec ma sœur sur du gravier.

Puis une autre, verticale celle-là, de 3 cm de long, sur le tibia gauche. Ça, c’est quand on essaie de sauter au-dessus d’un banc en roller à l’école primaire et qu’on calcule mal la hauteur de l’obstacle.

La dernière en date, c’est une série d’éraflures sur la jambe gauche, toujours la même. On pourrait croire qu’un animal sauvage m’a attaquée. Mais non, ça arrive quand je me laisse entrainer dans des aventures par mes amis. « - On ne ferait pas un tour en bateau ? » « Non, s’il vous plait, j’ai le mal de mer. » « Du kayak, alors ? » « Bon, pourquoi pas. » Et la leadeuse de nous emmener en pleine mer avec ces foutus engins de la mort. Après une bonne demi-heure à ramer, je me sentais trop mal à cause des vagues qui me donnaient la nausée. J’ai donc voulu faire une pause mais il n’y avait que des falaises à perte de vue. On s’est arrêtés sur le côté et, en descendant du kayak, mon pied a glissé sur des algues et ma jambe s’est retrouvée entre deux rochers. Mes nerfs se souviennent encore du retour jusqu’au port : ces picotements à cause du sel et le soleil qui tapait sur la plaie. J’ai bien tout nettoyé, tout désinfecté et j’ai mis de l’écran total jusqu’à la fin de notre séjour à Minorque. Mais huit mois plus tard, il y a toujours ces beaux traits rouges qui décorent mon épiderme.

 

Tout cela n’est pas très esthétique mais au moins ce n’est plus sensible au toucher…

 

Les cicatrices douloureuses,

Ce sont les marques que les traumatismes impriment dans notre cerveau,

Les cicatrices laissées quand notre cœur se brise en mille morceaux

Que l’on tente de recoller comme on peut…

 

Un père absent, alcoolique, qui a été violent avec ta maman.

Un homme qui te caresse les seins sans ton consentement.

Ta passion pour la gym que tu dois abandonner car ton corps t’a fait faux bond.

Ton premier amour qui te quitte du jour au lendemain après six ans de relation.

 

Ta dernière aventure qui t’a fait vivre des émotions intenses

Que tu n’avais plus ressenties depuis tes seize ans

Et qui s’est achevée de façon dure

Car c’est un amour impossible

Entre une femme libre

Et une femme liée par sa foi, sa culture.

 

Bref, les accidents, les échecs, les deuils, ça laisse des traces.

Ces cicatrices peuvent être belles si elles sont bien traitées.

Ne prenez pas soin seulement de votre corps ;

Choyez aussi votre cerveau et votre cœur.

théologie et géométrie
© 2021 un peu quatre

art par SamD et kiwi vert

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