miroir par gallimimus glabre
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Une dispute, encore. Des cris, des larmes, des mots forts, des gestes brusques, des silences… De nouveau, la haine, parce que oui cela est devenu de la haine, à assombri notre affection. Une anecdote encore, une broutille certainement mais qui rajoute de l’obscurité dans nos esprits. Et nous ressentons maintenant, chacun de notre côté, ce vide, à l’arrière de nos cranes, qui nous fait nous sentir si triste que l’on en oublie parfois de respirer.
Tu es restée dans la pièce d’à côté, à ruminée. Tu essaie de cacher ta tristesse derrière un masque de colère. Et, lorsque cette tristesse sera trop forte, tu monteras te cacher, à l’étage, pour y déposer quelques larmes, comme à ton habitude. Décidée, d’un pas déterminé, tu te lèveras, tu feras le tour du divan et tu passeras la porte que tu claqueras derrière toi pour me faire comprendre ta colère. Puis, une fois que tu te sentiras isolée et en sécurité, ton pas sera plus lent, plus lourds et tu monteras avec peine les marches de l’escalier pour t’assoir sur le bord de la baignoire. Tu y feras couler de l’eau pour cacher le bruit de tes songes et, enfin libérée, tu laisseras couler ces larmes chaudes qui caresseront tes joues pour s’écraser sur le sol.
Je sais que cela devrait être à moi d’essuyer les larmes sur ton doux visage. Je sais que tu attendrais cela de moi. Mais au contraire je les nourris, et pour cela je me sens mal. Pourtant, moi aussi j’aimerai être cet homme-là. Cet homme sur lequel tu pourrais t’appuyer et avec qui tu pourrais être complice. Comme ça l’étais à nos débuts, à tes débuts. Parfois j’ai l’impression que nous avons pris vie ensemble à notre première rencontre. Une nouvelle vie commençait pour toi comme pour moi. Mais aujourd’hui tu as changé, je ne sais plus comment être à tes cotés. Au début tout était simple. Je t’aimais, je te chérissais et ça te suffisait. J’étais là pour toi quand tu en avais besoin et, de cette manière tu as appris à m’aimer pour que l’on devienne inséparable. Puis, le temps passant, tu t’es trouvée d’autres fréquentations, tu fonctionnais en dehors du nous. Tu vivais des moments que tu ne me partageais plus. Et, en un rien de temps, le « nous » ne fut plus.
J’aimerais retrouver ce « nous », tu sais. J’aimerai te chérir à nouveau, passer du temps avec toi, j’aimerai trouver les mots justes pour te faire te sentir bien à mes cotés. Mais je ne suis pas cet homme la. On m’a dit que c’était parce que tu me demandais de t’aimer comme j’aimais je n’avais été aimé. C’est possible. Par contre, je l’ai vu, tout autour de moi, toute ma vie, et j’ai trouvé ça beau. Je m’arrêtais et je regardais lorsque les autres continuaient. C’est ça que je voulais, offrir du simple et du beau à la personne qui serait la plus chère à mes yeux.
Et cela, quand j’y repense me transperce le cœur, comme si l’enfant que j’étais, revenait du passé pour m’entailler le torse, de honte de ce nous étions devenu. Mais c’est juste que je n’y arrive pas. Dans nos échanges, ta façon de t’adresser à moi comme si à personne. Tes moqueries lorsque j’essaye, maladroit. Ce mauvais sourire que j’essaie de t’offrir. Ces moments que j’essaie de partager avec toi, toujours inadéquat. Ces cadeaux, que je t’offre et que tu ne voudrais pas. Nous sommes différents, cela devrait être beau mais ne l’ai pas. Tu aimerais que je t’aime et j’aimerais te dire que c’est déjà le cas. Tu aimerais que je te le montre, et j’aimerais simplement que tu le vois. Aujourd’hui, quand je me regarde dans le miroir, c’est l’homme que tu vois qui s’impose à moi. Je ne le supporterai plus, je souhaite redevenir cet enfant bienveillant que j’étais il y a maintenant bien trop longtemps.
Tu es une belle fleure mais qui grandit dans un champ sauvage. Je ne suis pas jardinier, je n’ai pas la main verte. J’aimerai savoir, mais je ne sais pas. Du coup je t’arrose trop, jusqu’à te noyer. Je te caresse mais avec mes mains rêches, qui abimes tes pétales. J’essaie de te protéger mais ma présence assombrit le soleil dont tu as besoin pour te développer. Je souhaite te garder près de moi, mais la terre sur laquelle nous vivons palis tes couleurs. Je pense que je n’accepte pas que tu puisses grandir, cela me fait peur et t’éloigne déjà de moi. Mais aujourd’hui, je dois être capable d’assumer cette tristesse, en porter le poids pour que toi, tu puisses t’en sortir. Que tu puisses enfin réussir là où tes ancêtres n’ont pu le faire et accepter de devenir la belle personne qui sommeille au fond de toi.
Cet homme n’est pas mal, pas assez bien pour toi mais qui le serait à mes yeux. Il me semble trop doux mais peut-être qu’il trouve les mots que tu as besoin d’entendre. J’ai compris aujourd’hui qu’être un homme n’est pas forcément lié à la force ou au caractère mais à la capacité de tout assumer même ses sentiments, ses inquiétudes et ses remorts, pour que l’autre, à ces cotés puisse se développer le plus léger possible.
Ma fille, je te le dis comme j’aimais je te l’ai dit avant, du plus profond de mon âme, avec le plus de détermination que l’on puisse avoir. Je t’aime et si toi, tu pourrais t’aimer mieux loin de moi, alors fonce mais n’oublie pas de passer voir ton petit papa maladroit.